
Emmaëlle Lacave–Jonneaux – 2ème année.
Conjuring : le dernier jugement se révèle à la hauteur des attentes pour conclure la saga. Son réalisateur, Michael Chaves ramène une dernière fois les frissons dans les salles obscures en retournant aux fondamentaux, 12 ans après le premier film.
Le 5 septembre dernier, le public a retrouvé Ed et Lorraine Warren sur les grands écrans. Dans ce nouvel opus, le couple va aider la famille Smurl, tourmenté par plusieurs entités qui seraient reliés à un miroir acheté par les grands-parents. Alors que le couple souhaite arrêter les enquêtes, ils se rendent compte que ces démons sont liés à leur fille, Judy. Comme dans les derniers films la religion, les démons et la possession seront parmi les thèmes principaux. En revanche, ce qui va être nouveau c’est l’aspect famille, puisque Judy a un rôle principal et va être directement ciblée.
Plusieurs sous-genres sont repérables, tel que le film d’exorcisme. Et, ici, ce n’est pas une personne, mais bien un miroir maléfique, qui va être exorcisé dans la scène finale! Les marionnettes horrifiques sont aussi présentes, notamment dans une scène avec la célèbre Annabelle, et une autre où une poupée parle et vole seule.
Dès le début, le film annonce clairement sa volonté de clore la saga : son titre, Le dernier jugement, en est le premier indice, et chaque détail du récit confirme qu’il s’agit bien de l’ultime chapitre. Dans les premières minutes du film, lors d’un retour en arrière le jeune couple découvre pour la première fois le cas qui les occupera, sous les grondements d’un violent orage. À la fin du film, quand ils sont en train de battre la même entité, c’est également par temps d’orage. Pour boucler la boucle.
Une esthétique toujours aussi soignée
Dès les premières minutes, le film affirme sa volonté de revenir aux fondamentaux: obscurité dense, palette bleutée, utilisation précise de l’espace et des ombres. Les plans resserrés et la tension permanente rappellent la grammaire visuelle du tout premier Conjuring, créant volontairement un effet miroir entre l’ouverture de la saga et sa fermeture. Ces échos peuvent renforcer l’émotion de clôture en créant de la nostalgie chez les plus fans.
Le choix du miroir comme objet central est particulièrement efficace. Présent dès l’ouverture et jusqu’au climax, il devient un dispositif narratif permettant de multiplier les angles, les illusions, les superpositions de plans. Il sert autant à créer des sursauts qu’à installer une tension diffuse: le reflet devient un espace autonome où l’on guette sans cesse un mouvement, un décalage.
La scène où Ed, Lorraine et Judy aperçoivent leurs visages possédés dans la glace, illustre parfaitement cette utilisation du miroir comme surface instable, capable de basculer du réel au surnaturel en un simple changement de point de vue. On peut faire un lien avec des thèmes qui sont principaux au film, les démons et la possession, mais surtout les démons en soi, dans cette scène ils sont en train de battre une version d’eux-mêmes obscure. Quand le miroir se brise ça concrétise cette logique: l’objet cesse d’être un intermédiaire.

Ombres et lumières
Le film joue également sur une alternance de temporalités visuelles: certaines scènes sont plongées dans une obscurité presque totale, d’autres, comme celle où la petite fille voit clairement le visage d’une vieille femme effrayante, se déroulent en pleine lumière. Ce contraste renforce l’effet de rupture et surprend un spectateur habitué à ne craindre que les ombres. La peur est désormais située en dehors des espaces classiques noirs.
Ces choix rajoutent un certain suspense au scénario. Le spectateur analyse les parties sombre de l’écran mais aussi les parties que l’on redoute le moins. Ces scènes nous mettent dans un esprit d’alerte constamment. Si certains sursauts demeurent prévisibles, le film parvient malgré tout à surprendre avec une précision rythmique efficace.
Le choix de conclure sur le mariage de Judy apporte une respiration bienvenue après l’intensité du récit. Lors de la scène finale Lorraine raconte à Ed qu’elle a eu une vision de leur avenir calme, aimant et altruiste. Un geste pour indiquer aux fans qu’il n’y aura plus d’autres grosses enquêtes et qu’ils vivront une vie paisible. La présence des acteurs des précédents films fonctionne aussi comme un clin d’œil au public fidèle. Les images d’archives des véritables Warren offrent une transition entre fiction et réalité qui s’inscrit pleinement dans l’ADN de la saga.
