[PORTRAIT] Claudette Gravel : tenir la paix entre ses mains

[image à titre d’évocation, générée par IA] Claudette Gravel, à cinq ans, désirait déjà voyager. Elle a visité plus d’une soixantaine de pays au cours de sa vie.
Un texte de notre série Mémoire vivante, en partenariat avec l’AQDR*

Lydia Lemieux – 2e année

Une toute petite Claudette Gravel annonçait déjà à ses parents qu’elle partirait en Afrique et qu’elle n’aurait jamais d’enfants. Elle a tenu parole. À 84 ans, cette femme discrète peut dire qu’elle a veillé sur des dizaines de milliers de réfugiés au Burundi, tenant entre ses mains un fragile espoir de paix au cœur de la guerre.

Capturée sur une photo en noir et blanc, Claudette Gravel est à peine plus haute que trois pommes. Les cheveux blonds tenant la main de maman et de papa. Aujourd’hui, âgée de 84 ans, Claudette ne peut être plus reconnaissante de son parcours.

« Avez-vous eu des enfants ? », je lui ai demandé. « Non, parce que, moi, dès l’âge de cinq ans, j’ai dit à mes parents que je n’aurais jamais d’enfants. »

Alors que les enfants sont habituellement la plus grande fierté de tous, il n’en est pas de même pour Mme Gravel. À cinq ans, c’est beaucoup de paroles pour une jeune fille d’affirmer qu’elle ne veut pas d’enfants. Claudette Gravel a respecté sa parole. Elle n’en a pas eu, mais elle avait sous sa responsabilité près de 35 000 personnes lorsqu’elle dirigeait le plus grand camp de réfugiés au Burundi, en Afrique.

Marquante Afrique

Au Rwanda entre 1959 et 1962, la révolution rwandaise déchire déjà les Tutsis et les Hutus, trente ans avant le génocide. Mais, au camp de réfugiés de Mme Gravel, l’espoir de paix règne. «Alors, ici, j’avais […] même des Tutsis et des Hutus qui s’entendaient bien. […] Les gens voulaient vivre le plus sereinement possible.»

La voix tremblante, les yeux vitreux, Claudette Gravel se rejoue les images d’horreurs auxquelles elle a assisté. «Quand j’arrivais et que je voyais les enfants qui avaient été tués… Ça me bouleversait.»  

Silence

Mme Gravel est une femme d’espoir. Elle implante l’art thérapie au camp du Burundi, alors que même les Nations Unies n’avaient jamais vu cela. La danse, les chansons, les sports, «[ça] leur permettaient de pouvoir oublier les atrocités qu’ils ont vécues». Les enfants sont les premiers bénéficiaires de cette nouvelle méthode. Ayant une formation en orientation, Claudette Gravel avait plus de 350 enseignants dans son équipe pour intervenir auprès d’eux.

Même si la tentation de voyager à plusieurs était forte, Mme Gravel a toujours voyagé seule. Malgré tout, il était primordial pour elle de s’entourer de gens de confiance. Au détour de plusieurs voyages, elle rencontre des hommes et des femmes avec qui elle est encore en contact presque soixante ans plus tard.

« Ça ici, ça. Celui-ci, celle-ci. » Du bout de l’index, Mme Gravel pointe chaque personne de la photo avec qui elle communique encore. L’émotion est perceptible dans son regard. Elle a changé la vie de plusieurs autant qu’ils ont changé sa vie à jamais.  Douce et aimante, elle a encore et toujours cette envie «de faire bien des choses».

Retour au bercail

Elle rentre au pays, pour la première fois en 2009. «Ma sœur m’a demandé  » Est-ce que tu viendrais vu que maman est décédée […] vivre avec moi ? »» La bienveillance découle de chaque parole prononcée. Deux sœurs réunies pour prendre soin l’une de l’autre.

Il est difficile pour Claudette Gravel de passer à autre chose. C’est plus d’une quarantaine d’années de voyages et d’aides humanitaires qu’elle a vécus. Pour continuer à vivre ses souvenirs, Mme Gravel décide de les partager à tous. Elle offrait, à son retour au Québec, plusieurs conférences sur son parcours afin d’inspirer et de transmettre l’altruisme aux autres.

Aujourd’hui, elle s’implique auprès de l’Association québécoise de défenses des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) de Jonquière. Intervenir auprès des injustices a été le mantra de vie de Mme Gravel.

«Ça, c’est très important. […] L’être humain pour tout ce qu’il est. Je vous aime comme là. Vous êtes là.»

Bonté et reconnaissance, voilà qui est Claudette Gravel.

*AU SUJET DE NOTRE SÉRIE MÉMOIRE VIVANTE :
Dans cette série de portraits, nos étudiantes et étudiants en journalisme sont allés à la rencontre de personnes du Saguenay au parcours riche et singulier. Jumelés à des femmes et des hommes au long vécu, ils avaient pour mission d’écouter, de recueillir et de raconter des récits de vie marqués par l’expérience, la mémoire et le temps.
De ces rencontres sont nés des échanges empreints d’humanité, d’empathie et de transmission. La série est réalisée en collaboration avec l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), un organisme national, démocratique et non partisan, engagé dans la défense, la protection et la promotion des droits, dans le respect de la dignité, du bien commun et de l’inclusion.

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