La moyenne d’âge baisse aux réunions d’Alcooliques anonymes au Saguenay

La sobriété s’impose progressivement comme une démarche assumée chez une nouvelle génération qui n’attend plus d’avoir tout perdu pour demander de l’aide. / Photo: Pixabay

Charline Lachance – 2e année

Longtemps les membres de l’organisation étaient plus âgés, mais aujourd’hui, les Alcooliques anonymes (AA) Saguenay voient apparaître une nouvelle génération. De plus en plus d’adultes de moins de 40 ans, et parfois dans la jeune vingtaine, franchissent la porte des réunions pour chercher de l’aide.

«Avant, une majorité de membres étaient des personnes de 50 ans et plus», explique en conférence de presse Nadia B., représentante du district régional des AA de Jonquière (nom de famille gardé secret en respect des principes des AA). « Aujourd’hui, on voit de plus en plus de jeunes qui viennent chercher de l’aide, ayant déjà atteint un bas-fond émotif, financier ou relationnel. »

Jusqu’au tiers des participants ont moins de 40 ans

Cette évolution témoigne d’un changement générationnel majeur. Les jeunes adultes identifient plus vite les signes de perte de contrôle et osent demander de l’aide sans attendre d’avoir tout perdu. Selon Statistique Québec, près de 23 % des 15 à 29 ans ont déclaré avoir bu de façon excessive au moins une fois par mois entre 2019 et 2020. Une donnée qui illustre une consommation encore élevée, mais aussi une prise de conscience plus rapide.

Face à une clientèle de plus en plus jeune, les Alcooliques Anonymes adaptent leurs pratiques. L’organisme mise notamment sur les réunions en ligne, une présence sur les réseaux sociaux et la création de groupes destinés aux jeunes adultes, où le discours et les réalités abordées leur ressemblent davantage. Une application de clavardage est en préparation pour faciliter la conversation et les premières prises de contact des jeunes avec les AA.

Évolution des mentalités

Si cette arrivée de jeunes membres surprend, elle reflète une société où tout s’accélère: les dépendances se développent plus tôt, mais la recherche d’aide aussi. «Mettre de côté son orgueil, ça prend beaucoup de courage et d’humilité», confie Nadia.

Autrefois associée à la honte, la sobriété devient aujourd’hui une démarche respectée. «C’est rendu de moins en moins valorisé de boire beaucoup d’alcool», observe Nadia. Sur les réseaux sociaux, des mouvements comme le Dry January participent aussi à cette dénormalisation de l’excès.

Pour les AA, fondés en 1935 et présents dans plus de 180 pays, ce rajeunissement est porteur d’espoir. Aujourd’hui, certains jeunes décident d’arrêter de boire malgré une société où l’alcool reste très présent.«On dit souvent que la boisson, c’est 15 % de la maladie, le reste c’est psychologique», rappelle Serge.

L’expérience des vétérans au service des plus jeunes

Pour Nadia, qui a elle-même intégré les AA à 21 ans, le déclic est venu d’une réflexion : «Ce n’est pas la quantité qui compte, c’est notre réaction à l’alcool. Je pouvais passer des mois sans consommer, mais je n’aimais pas qui j’étais quand je buvais.» Selon elle, l’alcoolisme est d’abord une question de réaction à l’alcool plutôt qu’à une fréquence de consommation.

Serge T., trésorier du district de Jonquière et membre de longue date, constate la même tendance. «Le vrai problème, c’est le premier verre, pas le quatrième ou le cinquième», dit-il en souriant. Son expérience lui permet de mesurer l’importance des nouveaux visages.«Un nouveau est aussi important, sinon plus, que celui qui a 30 ou 40 ans de sobriété. Il est la continuité des AA», explique-t’il.

Dans les cercles des AA, ces jeunes trouvent un espace d’écoute où le jugement n’existe pas, seulement la solidarité et de l’entraide. Pour trouver une réunion ou obtenir de l’aide : www.aa-quebec.org

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