[CRITIQUE] Mixtape : Une expo en forme de mélodieuse biographie de Jean-Marc Vallée 

Mixtape est composée de quatre installations et d’un environnement sonore qui accompagne et enveloppe le public tout au long du parcours. / Photo: Camille Dubuc

Maxim Fauteux – 2e année

L’exposition s’appelle Mixtape, et elle porte bien son nom. Des mythiques Rolling Stones au groupe islandais Sigur Rós, elle nous fait voyager de chanson en chanson dans la tête de ce génie québécois du cinéma. Ce parcours multimédia, conçu par le Centre PHI et Alex Vallée, le fils du regretté cinéaste, propose une expérience intime et charmante au cœur de la vie de Jean-Marc Vallée, mais surtout au cœur de sa playlist. 

Il suffit d’écouter la trame sonore de C.R.A.Z.Y. ou de Café de Flore pour comprendre le rôle capital de la musique dans l’œuvre de Vallée. Véritable mélomane, la musique a très tôt fait partie intégrante de sa vie. C’est d’ailleurs ce que raconte son fils dès la première salle de l’exposition, à travers un montage rythmé de l’héritage cinématographique du cinéaste. Alex Vallée explique que son père a grandi auprès de deux amoureux de la musique qui lui transmettront très tôt cette passion. Et cet amour ne le quittera jamais. D’emblée, on comprend, grâce à cette touchante narration, l’influence du rock, du jazz ou encore de la chanson francophone dans le processus créatif du réalisateur.

Une scénographie sobre et contemplative

Éclairage sombre, affiches néon de multiples films, quelques courts-métrages exclusifs et une jolie maquette : Mixtape propose une scénographie modeste, mais non moins efficace. Au fil de l’exposition, on avance lentement de salle en salle, guidé par une lumière tamisée qui nous invite à entrer dans un état presque contemplatif. L’espace est très épuré, mais il y a toujours un endroit où poser son regard. Le parcours dispose notamment d’une maquette miniature de la maison d’enfance de Vallée, un dispositif visuel inventif qui illustre de manière quasi poétique son univers familial, avec une pointe de nostalgie.

Une exposition qui s’écoute avant tout

Les dispositifs graphiques demeurent toutefois simples et ponctuels dans Mixtape. Mais, de toute façon, la véritable richesse de l’expérience ne réside pas dans son habillage visuel, aussi soigné soit-il, mais plutôt dans son univers sonore. On comprend dès les premiers instants que Mixtape est une exposition qui se savoure avant tout par les oreilles.

La station d’écoute, cœur de l’expérience

Le moment clé de l’expérience passe d’ailleurs par l’ouïe. Dans une des salles, le visiteur est invité à enfiler ses écouteurs, à manipuler une console d’écoute et à écouter des chansons qui ont marqué le réalisateur et qui se retrouvent dans ses films. On y entend notamment Just Like Heaven de The Cure, Tout écartillé de Robert Charlebois, Sympathy for the Devil des Rolling Stones et Svefn-g-englar de Sigur Rós. Ces pièces musicales sont accompagnées d’une compilation de témoignages variés de personnes comme Denis Villeneuve, Vanessa Paradis, Reese Witherspoon et Marc-André Grondin, qui ont eu la chance d’être témoins de cette relation bien particulière que Vallée entretenait avec la musique.

Un dispositif immersif sous-exploité

À cette étape du parcours, le visiteur est invité à entrer dans la peau du réalisateur grâce au concept ingénieux de la console de mixage. Or, cette idée aurait pu être exploitée davantage. Il est difficile de ressentir pleinement le potentiel immersif de la console interactive en raison du faible nombre d’extraits sonores et de l’absence de support visuel. D’abord et avant tout, on se demande pourquoi les bandes sonores ne sont pas accompagnées de la scène précise dans laquelle elles apparaissent dans le film. La conception de l’exposition doit prendre en compte que le visiteur n’a pas vu l’entièreté de l’œuvre de Vallée. Faire une courte mise en contexte avec les bandes sonores aurait déjà permis d’accentuer la dimension sensible de l’écoute de ces extraits et de mieux comprendre le rapport des films de Vallée avec la musique.

Aussi, pour renforcer l’efficacité de cette station, il aurait été essentiel d’y intégrer un éventail plus large de genres musicaux ainsi que des photos des différentes personnes entendues. Faire défiler les paroles au fur et à mesure de l’écoute aurait aussi pu être un autre moyen de prolonger l’attention du visiteur. Force est de constater que la richesse du contenu présenté pourrait gagner en résonance si elle était appuyée par un support interactif plus abouti.

Une répétition qui affaiblit le propos

L’exposition présente malheureusement un bémol important : elle devient répétitive. Au bout d’un moment, on a l’impression d’entendre en boucle des hommages qui finissent tous par dire la même chose : Vallée était formidable et Vallée adorait la musique. La pluie d’éloges qui se déverse dans la troisième salle illustre particulièrement bien cette problématique. On y entend d’anciens collègues raconter leur fabuleuse expérience de travail avec le réalisateur. Le rythme de l’exposition s’alourdit. On peine à trouver l’aspect de nouveauté dans les informations qui nous sont présentées.

Un potentiel analytique inexploité

Pourtant, il y avait moyen d’éviter cette éventualité. Le thème de l’exposition est riche : le rôle de la musique dans le processus créatif du cinéaste. On aurait voulu savoir, par exemple, s’il existe d’autres réalisateurs dont le travail est grandement influencé par la musique. Quelle était l’analyse des critiques de cinéma sur les trames sonores des films de Vallée ? Ou encore, son œuvre cinématographique a-t-elle, à l’inverse, inspiré des musiciens ? L’exposition aurait pu facilement s’éloigner de la simple narration élogieuse pour offrir un contenu plus analytique, plus contextuel.

Un hommage touchant, malgré tout

Il fallait toutefois s’attendre à une tournure commémorative, puisque Mixtape se veut avant tout un hommage au cinéaste.

Et c’est un hommage réussi. Certes, un peu redondant, mais malgré tout captivant. Oui, le contenu affectif et honorifique prend le dessus sur la dimension documentaire, mais le tout demeure intéressant et, bien sûr, touchant. Bref, bien que non transcendante, l’exposition réussit l’essentiel. On passe un bon moment, on ressort avec une foule de nouvelles chansons à ajouter à notre liste de lecture, et surtout avec l’impression de mieux comprendre celui qui se cache derrière le génie de films ayant profondément marqué le cinéma québécois et international.

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