
Alexis Auclair – 2e année
Mukbang est l’adaptation télévisée du roman du même titre de Fanie Demeule. Réalisée par Kevin T. Landry, la série met en action la jeune Kim Delorme qui se lance dans une carrière de créatrice de contenu spécialisée dans les mukbangs. En seulement huit épisodes, l’œuvre réussit à mêler suspense et réflexion sur notre rapport à l’image et à la performance, tout en offrant une nouvelle histoire sur ICI TOUT.TV.
Une critique de société
Une jeune adulte en difficulté financière. Une mère qui compare sa fille à sa cousine «parfaite». Cette même fille qui vit énormément d’anxiété de performance face à ses parents. Ce sont toutes des choses que Kim doit vivre à travers son addiction aux écrans et aux plateformes numériques qui se transformera en vilain karma…
Cette série est remplie d’éléments qui dénoncent les dangers du mukbang, qui est une pratique d’origine coréenne où on consomme des quantités astronomiques de nourriture sous le regard de caméras et d’internautes. Mais la série met en lumière, au même moment, le rapport à la performance, à l’image et à la solitude numérique. Plus Kim cherche à répondre aux attentes, plus elle s’enferme dans une spirale où l’image prime sur le bien-être, jusqu’à en devenir toxique.

Ça va vite!
8 épisodes de 15 minutes, c’est rapide. En une après-midi, il est facile d’écouter la série en entier. Les découpages, la musique et les effets sonores donnent un bon rythme tout en gardant les éléments essentiels pour tout comprendre de l’intrigue. Chaque fois qu’un épisode se terminait, l’envie d’écouter la suite est palpable parce que chaque instant, quelque chose d’inattendu peut arriver. Mukbang n’est pas digne d’une série hollywoodienne, mais c’est certainement une des séries les plus marquantes sur ICI TOUT.TV à l’heure actuelle.
« Dégueux »
Mukbang n’est pas un style de série qu’on voit souvent au Québec. Nous qui sommes habitués aux 150 variantes d’histoires policières, l’intérêt pour les films d’horreur n’est pas donné à chaque spectateur. La publicité de la série laissait espérer ces frissons de répugnance – pourtant ce n’est pas la principale qualité de cette œuvre. La série s’apparente davantage à un thriller psychologique. L’angoisse est présente. Néanmoins, le premier screamer n’intervient qu’au cinquième épisode.
Cette répugnance montante, sans nécessairement mettre de l’avant la peur, peut s’apparenter à la série You (Parfaite, en français) sur Netflix. Les deux séries présentent un personnage principal qui s’enfouit dans une hantise sans fin et qui s’isole mentalement de tout ce qui l’entoure. Une tournure psychobsessionnelle qui est très bien jouée par l’actrice Léanne Desilets. On ne l’avait d’ailleurs jamais vue dans un rôle du genre. La direction artistique s’est aussi rapprochée de cette série en ajoutant des teintes de blanc et de rouges pour des situations détendues ou agressives.
De vrais youtubeurs québécois!
Adam Paradis, Emy Lalune, Xavier Watso ou encore Massi Mahiou font leur entrée dans la minisérie. Ils ont chacun des rôles secondaires de créateurs de contenu divers qui inspirent la protagoniste. Par exemple, le divertisseur et animateur, Massi Mahiou, a le rôle d’un influenceur de musculation (à la Tibo Inshape). Ces personnages variés ajoutent énormément de crédibilité aux youtubeurs dans la série. Et c’est aussi une preuve de reconnaissance pour les créateurs de contenu québécois qu’on met de l’avant généralement peu à l’extérieur des plateformes.
