
Après 10 ans à travailler le goût du cidre, Frédérick Simard crée le premier cidre sec de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean avec l’aide de deux autres entrepreneurs. Crédit photo : journal de Montréal
Elena Simet – 2ème année
Il soulève son chandail pour nous montrer fièrement son tee-shirt, sur lequel est écrit : “Cider Punk”. Deux mots qui retracent deux phases importantes de sa vie: l’itinérance et la création de son entreprise. Une vie marquée par des rencontres et des mains tendues. Il est aujourd’hui propriétaire de l’entreprise de cidre Jolie Rouge.
Une adolescence un peu rock and roll, dans une époque bien particulière. Frédérick Simard tombe dans la drogue: LSD et cocaïne. À 19 ans, il flirte avec les gangs et des trafiquants de drogue. Il commence à accumuler les dettes. Très rapidement, il prend une décision radicale: quitter le Saguenay pour dériver dans l’itinérance des rues de Montréal.
Débrouillard et alerte, il se montre vite inventif dans ses façons de recueillir la quête dans les espaces publics. Dans les files d’attente des spectacles, il réussit à amasser suffisamment d’argent pour maintenir sa réputation dans le milieu: jeune Saguenéen vendeur de drogue de qualité. «Je faisais croire que je n’avais pas assez d’argent pour payer ma place de concert, les gens étaient très généreux», nous explique-t-il.
Malgré cette créativité, il renouw très vite avec ses vieux démons. Petit à petit, les dettes s’alourdissent et les rivalités s’intensifient. Du jour au lendemain, il quitte Montréal. Un moment clé de sa vie où il décide de fermer la porte à la drogue et à l’itinérance pour construire une vie meilleure. «Pour couper les ponts avec la drogue, il faut apprendre à voir plus loin: plusieurs semaines, plusieurs mois après», un conseil que Frédérick prend au pied de la lettre. Il s’installe à Québec pour travailler dans le monde du spectacle. Il a pour mission d’organiser des shows et d’inviter des artistes.
Une rencontre qui souffle des idées
C’est à cette période de sa vie qu’il fait la rencontre de The Dreadnoughts, un groupe de musique de Vancouver. Un moment d’échange qui va changer sa vie: ils lui proposent de goûter du cidre. Réticent, il trempe ses lèvres – à l’origine, ce n’est pas une boisson qu’il affectionne. Un goût et une sensation différente de ceux qu’il connaissait, elle lui souffle une idée peu commune, celle de se lancer dans la fabrication de son propre cidre. Dans son sous-sol, il cherche le goût parfait: sec et effervescent. Très vite, il veut partager son cidre unique autour de lui et lance sa propre entreprise de boisson alcoolisée. Son produit rencontre rapidement du succès et finit par être distribué dans plus de 100 points de vente à travers le Québec.
L’itinérance, une leçon de vie
Autrefois entouré de personnes en situation d’itinérance et aujourd’hui de multimillionnaires, l’entrepreneur explique accueillir cette situation sans jugement. Cette expérience de vie unique lui permet de mieux comprendre le besoin des gens. Sa créativité, qui autrefois lui permettait de survivre dans la rue, lui sert maintenant à bâtir une histoire unique autour de Joli Rouge, un produit qui raconte sa vie et son parcours atypique.
Aujourd’hui, il regarde avec satisfaction son chemin parcouru; il est reconnaissant des rencontres qui se sont mises sur sa route. Elles lui ont permis de sortir de sa situation précaire, de créer son entreprise et de garder la tête haute face aux situations compliquées. Il nous explique avec émotion qu’il est heureux de son parcours et de ses accomplissements, mais que sa fierté première, ce sont ses deux filles.
