[PORTRAIT] Se relever après la perte : le parcours de Mireille Lavoie

Mireille Lavoie anime deux séances de sport par semaine, gratuites pour les participants de Vie active. / Photo: courtoisie de Mireille Lavoie
Un texte de notre série Mémoire vivante, en partenariat avec l’AQDR*

Améline Boyer – 2ème année

5 juin 2011, 6 h 30. Le soleil se lève à peine lorsque Mireille ouvre les yeux dans un lit soudain trop grand. Cinq jours plus tôt, son mari s’est éteint après 36 ans de vie commune. Il a laissé derrière lui une solitude qu’elle n’avait encore jamais connue. Aujourd’hui âgée de 70 ans, Mireille Lavoie se souvient de cette rupture brutale, dont elle a pu guérir grâce à son engagement communautaire. 

À 20 ans, Mireille quitte son foyer familial pour épouser Guy. Ensemble, ils ont deux enfants, une vie simple, douce et chaleureuse. Elle sourit en évoquant ce souvenir qu’elle chérit : au centre d’achat, Guy marchait toujours derrière elle, «parce qu’il aimait voir les autres se retourner pour m’admirer». «Il m’aimait tellement. J’étais sa fierté», se remémore-t-elle. 

Les années précédant le décès de Guy se déroulent au rythme des rendez-vous médicaux. Un matin de mai 2011, dans une chambre d’hôpital trop froide et silencieuse, c’est son foie qui finit par lâcher. Mireille Lavoie : «Ça a été très difficile. Je me suis ramassée seule — je déteste ce mot — à 56 ans.» Ses enfants ont déjà quitté la maison. Son quotidien se vide. Un café bu seule, un repas pris en silence; autant de gestes qui rappellent l’absence et intensifient la solitude. 

Une renaissance sportive

Malgré sa souffrance, Mireille continue de fréquenter le club de conditionnement physique où elle est inscrite depuis 14 ans. Un jour, la présidente de ce club quitte son poste et la pointe du doigt pour la remplacer. 

Timide et réservée, Mireille se pense incapable d’endosser cette responsabilité. Elle accepte malgré tout le défi et se redécouvre : pendant six ans, elle apprend à parler aux autres, à s’exprimer et à prendre confiance en elle. Mireille retrouve un peu de lumière dans une période assombrie par le deuil. «Ça a été l’une de mes plus belles réalisations», confie-t-elle. 

En 2017, à la fin de sa présidence, elle rejoint Vie Active, un club de sport destiné aux aînés. 

Trois mois plus tard, on lui propose d’y devenir entraîneuse. Mireille sourit en se rappelant ce moment : «Toi, tu vas me remplacer», lui a-t-on dit. 

Cela fait maintenant huit ans qu’elle anime chaque semaine des séances de sport variées: routines, balles, tai-chi. 

Ce qu’elle préfère dans son rôle d’entraîneuse, ce n’est pas l’exercice physique, mais bien plus la dimension humaine. Mireille Lavoie : «Je donne de la joie à ces aînés et je reçois beaucoup d’amour.» Certains ne voient presque personne en dehors de ces cours et viennent lui confier leurs peines. Mireille écoute, accueille, réconforte. Ces liens sont devenus le moteur de sa reconstruction après la perte de son mari. 

Après toutes ces épreuves, Mireille a su retrouver équilibre et joie de vivre grâce à son engagement comme présidente, puis comme entraîneuse. 

Aujourd’hui, elle est joyeuse, douce et lumineuse, avec ses cheveux violets et son maquillage à paillettes. «J’ai toujours été assez colorée!», confie-t-elle en riant. Une couleur qui dit, sans mots, le chemin parcouru depuis la perte de son mari. 

L’épreuve du deuil aura finalement permis à Mireille de réaliser son rêve d’enfant. «Quand j’avais 5 ans, je disais à ma mère : “Quand je serai grande, je serai sur scène.”», confesse-t-elle. Aujourd’hui, cette scène n’a pas de projecteurs, mais elle est partout où Mireille anime ses cours. Elle n’y joue pas un rôle, mais est simplement elle-même : vivante, colorée et chaleureuse. 

*AU SUJET DE NOTRE SÉRIE MÉMOIRE VIVANTE :
Dans cette série de portraits, nos étudiantes et étudiants en journalisme sont allés à la rencontre de personnes du Saguenay au parcours riche et singulier. Jumelés à des femmes et des hommes au long vécu, ils avaient pour mission d’écouter, de recueillir et de raconter des récits de vie marqués par l’expérience, la mémoire et le temps.
De ces rencontres sont nés des échanges empreints d’humanité, d’empathie et de transmission. La série est réalisée en collaboration avec l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), un organisme national, démocratique et non partisan, engagé dans la défense, la protection et la promotion des droits, dans le respect de la dignité, du bien commun et de l’inclusion.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *