
Noah Thomas – 2e année
Dans Modeste, Mike Ward se présente avec un mélange surprenant de vulnérabilité et d’aisance tout en étant très décontracté. L’humoriste, qui a passé les dernières années sous les projecteurs pour des controverses judiciaires plutôt que pour ses blagues, semble avoir décidé de reprendre le contrôle dans son sixième one-man- show. Il arrive maintenant à en rire en se demandant même quand le prochain scandale arrivera.
Mike Ward n’est cette fois pas animé par la colère, mais plutôt par une lucidité parfois « trash » qui lui permet d’aborder des moments embarrassants, voire douloureux, de sa vie récente. L’un des fils conducteurs du spectacle est sa rupture, qu’il raconte sans détour. Ward enchaîne une série de situations improbables qui ont suivi cette séparation et qui l’ont mené dans des lieux où personne ne s’attend à croiser Mike Ward.
D’une visite gênante dans une boutique de jouets pour adultes à plusieurs consultations médicales où il a dû admettre des problèmes d’érection, il raconte le tout avec une franchise si désarmante qu’elle provoque des rires d’inconfort.
Son calme sur scène et son timing toujours précis pour donner du punch à ses histoires créent une approche chaleureuse une approche chaleureuse qui fait baisser la garde du public. Ward, sans surprise, se sert de cette habileté pour frapper au moment où on s’y attend le moins. Lorsque vient le temps d’expliquer les traitements reçus, incluant des séances de stimulation électrique au niveau le plus sensible qui soit, il s’amuse à répéter le terme avec une joie presque enfantine, comme si chaque répétition augmentait l’absurdité de la situation.
Le spectacle aborde aussi l’intelligence artificielle, un sujet que Ward détourne en prétexte idéal pour éviter la responsabilité de ses propres blagues. Il s’imagine déjà rejeter tout l’éclat médiatique d’un futur scandale sur l’intelligence artificielle. Ce running gag traverse l’ensemble du spectacle et devient une sortie de secours efficace lorsqu’il s’aventure sur des terrains plus osés.
Au final, Modeste porte bien son nom. Ce n’est pas un spectacle qui cherche à provoquer à tout prix, mais plutôt le reflet d’un Mike Ward plus posé, qui accepte enfin d’être drôle sans être en guerre. Il rit de son statut actuel d’homme désormais plus fortuné, sans jamais donner l’impression de regarder son public de haut.
On y retrouve son arrogance, son côté cru assumé et son sens du timing, mais le tout est nuancé par une certaine humanité. Il ne s’excuse jamais de ce qu’il est: il semble plutôt en paix avec ce qu’il est devenu. C’est précisément cette combinaison de maturité et d’insolence qui fait de Modeste un tournant marquant de sa carrière.
