
Louis-Gabriel Filion- 1ère année
Depuis quelques années, les changements climatiques complexifient la tâche des acériculteurs. Ces derniers doivent jongler avec un temps des sucres allongé, une détérioration de la qualité de la sève et de nombreuses sécheresses.
La principale différence observée réside dans la longueur de la période de production. « Dans le temps, on pouvait faire les sucres sur 15 jours. Maintenant, ça peut s’échelonner sur 35 jours », se remémore l’acériculteur André Racicot, propriétaire d’une érablière en Montérégie depuis 15 ans.
Selon M. Racicot, le temps des sucres est plus long en raison des écarts de température qui bouleversent le comportement des érables. Pendant quelques jours, il est possible de ne pas tirer de sève d’un arbre parce que le climat est trop froid ou trop chaud.
Lorsque c’est en raison du froid, les arbres vont geler après leur réactivation, ce qui « peut tuer les feuilles en développement », souligne le chercheur en sciences fondamentales à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Sergio Rossi.
Au contraire, lors de quelques chaudes journées successives, le soleil plombant va entraîner une détérioration de la qualité de la sève. Dans ce cas, le sirop d’érable est « légèrement plus foncé », remarque l’acériculteur Éric Choquette, détenteur de 3000 entailles.
Les érables doivent aussi faire face aux sécheresses, de plus en plus fréquentes. Pour M. Choquette, l’absence de précipitations affecte particulièrement les petits arbres puisqu’ils n’ont pas le luxe de s’être créé une réserve d’eau comme les arbres plus âgés. Ainsi, la relève de l’érable à sucre est mise en péril.
Heureusement pour les acériculteurs, les avancées technologiques leur permettent d’amoindrir les effets des changements climatiques. Nombre d’entre eux se sont munis d’une pompe à vide plus performante, un outil développé pour extraire le plus de sève possible de l’arbre. Des bassins pour refroidir l’eau, utilisés pour conserver l’eau d’érable plus longtemps, ont aussi fait leur apparition dans les cabanes à sucre.
Toutefois, il ne faut pas s’attendre à des miracles technologiques non plus selon André Racicot, puisque « les équipements sont déjà dans une productivité maximale. »
Alors que certaines régions voient leur rôle en tant que producteur acéricole diminuer, comme les États-Unis et le sud du Québec, d’autres comptent bien en profiter.
C’est le cas du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui espère bénéficier des bienfaits sociaux de l’érable. « Les cabanes à sucre, c’est la période où les gens recommencent à se voir. C’est un aspect important, car les autres espèces forestières ne l’ont pas », analyse Sergio Rossi. Le chercheur martèle également qu’il est essentiel de saisir tous les avantages actuellement, puisque la suite des choses est assez imprévisible.
