« Je ne vivais pas, je survivais » : le diagnostic qui a tout changé.

Des outils pour mieux comprendre l’autisme (Photo : Ugo Morineau)

Ugo Morineau, 1ère année

Depuis seulement 2015, l’autisme est reconnu au Québec. Pourtant, plusieurs femmes passent encore sous le radar et ne sont jamais diagnostiquées. Le diagnostic à l’âge adulte  reste difficile d’accès et coûte entre 2 500 et 3 000 dollars. Selon une étude menée au Royaume-Uni et relayée par Euronews, près de 90 % des adultes autistes ne seraient pas diagnostiqués.

À 30 ans, Solange* a découvert qu’elle était autiste. Ce diagnostic neuropsychologique est venu mettre un sens à la détresse mentale qu’elle vivait depuis l’enfance à St-Félicien.

Solange se voyait différente et percevait le monde autrement. Elle avait une capacité d’analyse développée et se montrait très passionnée. Cependant, elle ne comprenait pas les codes des personnes neurotypiques, comme le sarcasme, les sous-entendus ou les expressions faciales. Elle ressentait ses émotions plus intensément et cherchait constamment du sens et de la logique. Elle se critiquait beaucoup et les imprévus l’atteignaient fortement.

Dès l’âge de 8 ans, l’école est devenue une épreuve. Elle rentrait épuisée. À l’adolescence, dire bonjour était difficile. Elle n’avait pas d’amis et ses seuls contacts sociaux étaient sa famille. Elle pleurait parfois sans raison apparente, submergée. « J’avais l’impression de perdre le contrôle de mon cerveau », raconte-t-elle.

Peu à peu, la situation s’est dégradée. Ses employeurs pensaient à une dépression ou à un épuisement professionnel. Elle a fait plusieurs burn-out et a tenté de se suicider à trois reprises avant ses 30 ans, dont une première fois à 19 ans.

Après la perte d’un emploi, Solange a tenté de se défenestrer. La police l’a amenée à l’hôpital. Ce moment a marqué un tournant.

Un médecin l’a dirigée vers une psychiatre qui a évoqué un trouble du spectre de l’autisme. Plusieurs rendez-vous se sont enchaînés, avec une famille qui s’en doutait déjà. Un suivi avec une éducatrice spécialisée a été mis en place.

Un an avant le diagnostic final, une première évaluation a confirmé cette piste. Sa meilleure amie a affirmé que cela expliquait beaucoup de choses. Après plus d’un an d’attente, elle a enfin reçu son diagnostic. Elle a fondu en larmes. « Mon passé prenait un sens aujourd’hui. Ça a été un soulagement », explique-t-elle.

Depuis, elle adapte son quotidien. Elle en parle à son employeur, ajuste son rythme et prend davantage de pauses. « Je ne fais plus de camouflage », explique-t-elle. Elle pose plus de questions et structure ses journées autour de ses besoins. Les habitudes sont devenues essentielles à son équilibre. Elle se comprend mieux et vit plus apaisée.

Solange souhaite que l’accès au diagnostic soit facilité. Elle insiste sur l’importance de l’estime de soi et du soutien familial. Elle appelle à mieux comprendre les personnes autistes et à valoriser leurs forces.

* Prénom fictif pour préserver l’anonymat de la personne interviewée

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