
Colin Boucher- 2ème année
Un texte de notre série Mémoire vivante, en partenariat avec l’AQDR*
Proche aidante, victime collatérale du cancer et expérience de mort imminente, le parcours de Martine Lapointe semble être tiré de la pure fiction. Une dame résiliente qui, malgré tous les obstacles, voit la vie en rose.
Martine Lapointe est une organisatrice de nature. Comptable de formation, elle a du mal à gravir les échelons puisque son premier mari décourage fortement son avancement hiérarchique. Près de 35 ans après le début de leur relation, son mari est dépêché à l’hôpital. Le verdict tombe : trois cancers, dont un au cerveau, les trois classé stade 4 soit, incurables. «C’était une claque au visage, une vraie». Malgré la terrible nouvelle, Martine va chercher des ressources et de l’aide au Centre du cancer de Saguenay et essaie de passer au travers de cette épreuve de la seule manière qu’elle connaisse: avec force. Son premier mari rendra l’âme en septembre 2007. Martine Lapointe était alors âgée de 51 ans.
Un nouveau souffle
«Pour moi, la vie continuait». Mme Lapointe rencontrera un ancien pompier, Réal, qui la fera vraiment sentir à la hauteur. «Avec Réal je me sentais épanouie, j’ai pu appliquer sur le poste de superviseure dans ma compagnie de télémarketing et il me répétait toujours à quel point j’étais une femme forte et qu’il était chanceux de m’avoir». Pour Mme Lapointe, sa vie est divisée en deux temps : sa première vie avec son premier conjoint et la deuxième avec Réal. Elle s’est vraiment sentie « valorisée » par son deuxième conjoint. Ce sentiment est accentué par le fait qu’elle obtient le poste de superviseure et se sent réellement heureuse alors qu’elle excelle dans son rôle.
La ville Lumière
Toujours en relation avec Réal, Mme Lapointe et son conjoint décident d’aller visiter la France, châteaux, bons vins et autres sont au rendez-vous pour le couple. Alors qu’ils sont dans la capitale, Mme Lapointe entre dans une boutique et elle tombe au sol immédiatement. Arrêt cardiaque. Pompier de formation, il commence aussitôt le massage cardiaque et le performe pendant 11 longues minutes. Une fois l’ambulance sur les lieux on transfère Mme Lapointe dans un lit de glace afin de la stabiliser et ainsi, tenter de limiter les dommages. Une heure et demie plus tard, elle est plongée dans un coma artificiel et les jours s’enchaînent.
Le pronostic est sombre. On dit même à son fils de se préparer au pire. Se préparer au pire, c’est donc dire que si Mme Lapointe se réveille, on s’attend à la voir dans un état végétatif. Au neuvième jour de coma, une histoire hors du commun lui arrive alors. Mme Lapointe raconte qu’elle a voulu passer de l’autre côté, mais que son père lui barrait le passage, lui disant simplement «non, tu reviens ». Et c’est exactement à ce moment que Martine Lapointe, lors de son 9e jour de coma, ouvre les yeux. Les médecins français sont abasourdis, la neurologue baptise même Mme Lapointe de « miraculée».
Retour à la réalité
Cet épisode cardiaque laisse beaucoup de séquelles. Martine Lapointe devra tout réapprendre : marcher, parler et toutes les autres fonctionnalités de base d’un humain. « Une des conséquences permanente de cette aventure, c’est que j’avais une amnésie totale de mon voyage à Paris. Mon conjoint a dû tout m’expliquer, je ne me souvenais plus de rien ». Intubée pendant si longtemps, sa voix fut également modifiée et aujourd’hui, elle ne peut plus utiliser les systèmes de reconnaissance vocale. Pendant un an et demi, Martine Lapointe réapprendra à vivre, renforçant une fois de plus, sa ténacité.
Le cancer, une fois de plus
Parce qu’une mauvaise aventure n’est jamais singulière dans le cas de Mme Lapointe, Réal lui apprend une mauvaise nouvelle : une leucémie. Pendant 29 semaines et durant sa rémission d’arrêt cardiaque, Mme Lapointe accompagnera et sera la proche aidante de Réal lui administrant soins, confort et beaucoup d’amour alors qu’il vivait cette dure épreuve. Vient ensuite le lymphome et un cancer de la peau. Une programmation et un plan de soins sont mis sur pied par Mme Lapointe avec codes de couleurs et suivis pour assurer les bons soins de Réal. Après 29 semaines, son conjoint Réal rend l’âme dû au cancer de la peau très avancé sur son corps. Une « déchirure » pour Mme Lapointe qui perd son meilleur ami et son âme sœur.
La vie est belle
Aujourd’hui, Martine Lapointe organise des soupers et plusieurs rencontres. Elle a construit elle-même un groupe d’amis et est très proche de la famille de Réal. Elle aborde la vie d’une manière incroyablement positive et comme elle me l’a si bien mentionné lorsqu’elle me racontait ce fabuleux récit: «La vie est belle».

*AU SUJET DE NOTRE SÉRIE MÉMOIRE VIVANTE :
Dans cette série de portraits, nos étudiantes et étudiants en journalisme sont allés à la rencontre de personnes du Saguenay au parcours riche et singulier. Jumelés à des femmes et des hommes au long vécu, ils avaient pour mission d’écouter, de recueillir et de raconter des récits de vie marqués par l’expérience, la mémoire et le temps.
De ces rencontres sont nés des échanges empreints d’humanité, d’empathie et de transmission. La série est réalisée en collaboration avec l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), un organisme national, démocratique et non partisan, engagé dans la défense, la protection et la promotion des droits, dans le respect de la dignité, du bien commun et de l’inclusion.
