[PORTRAIT] De l’enfance à la scène pour Iannicko N’Doua

Iannicko incarne le personnage de Carlo dans la série Fugeuse, son rôle le plus connu en carrière. / Photo: Encore Télévision

Émile Barthe – 2e année

Depuis plus de trente ans, Iannicko N’Doua évolue dans le milieu artistique. Pourtant, sa carrière débute de manière inattendue. Encore enfant, il fait ses premiers pas en tant qu’enfant-acteur dans la série télévisée Le Club des 100 watts. Portrait d’un acteur qui affine au fil des ans une carrière tissée de choix réfléchis et, petit à petit, d’un inspirant dévoilement de soi.

Rappelons-nous l’enfant-acteur des années 1990. Pendant qu’il poursuit son primaire et son secondaire, Iannicko N’Doua enchaîne les petits rôles et la figuration. À l’école, il est un élève comme les autres. Mais en parallèle, il est actif sur les plateaux. Sans toutefois être impliqué dans le théâtre ou à l’improvisation scolaire. 

Un point tournant survient au début de la vingtaine, lorsqu’il réalise qu’on lui propose encore des rôles d’adolescent en raison de sa jeune apparence. Déterminé à ajouter des cordes à son arc, il décide de se former en s’inscrivant dans le profil théâtre du Cégep Lionel-Groulx. C’est à ce moment que les arts dramatiques prennent une grande place dans sa vie.

La scène, un virage inattendu

Le jeune Iannicko vedette de séries télé jeunesse telles que Kaboum et Subito texto ne s’était pourtant pas imaginé grand acteur de théâtre. Mais la vie est faite d’inattendu, et, surtout, de rencontres charnière. Derrière ce choix de fouler les planches, un autre homme de théâtre a joué un rôle déterminant. À sa sortie de l’école, Iannicko rencontre le comédien et metteur en scène Marc Beaupré, qui l’invite à joindre la distribution de son marquant spectacle Caligula Remix. La pièce inspirée du chef d’oeuvre de Camus, mais présentée sous forme de remixage sonore et performatif, a une forte résonance sur la scène montréalaise. 

Ensemble, Iannicko N’Doua et Marc Beaupré travailleront ensuite sur quatre pièces de théâtre, et Beaupré l’accompagnera notamment à l’écriture et la mise en scène de son spectacle Neige sur Abidjan.

Dans Neige sur Abidjan, Iannicko N’Doua partage la scène avec l’acteur malien Hamadoun Kassogué, dans un univers qui évoquer l’art du griot africain / Photo: Valérie Remise

Cette œuvre est inspirée d’un épisode marquant de sa vie. Fils d’une mère Québécoise et d’un père Ivoirien qu’il n’a pas vu depuis l’âge de 4 ans, Iannicko décide, en 2008, à l’âge de 26 ans, de se rendre en Côte d’Ivoire. Jusque là, les retrouvailles n’avaient pas été possibles. D’une part, son père n’avait pas les moyens de voyager pour revenir au Québec, et, de l’autre Iannicko craignait de se rendre en Côte d’Ivoire où des problèmes politiques secouaient le pays.

Se dévoiler malgré la pudeur

L’idée initiale est de réaliser un film sur les retrouvailles et de documenter le tout, mais les moyens techniques ne le permettant pas, il se tourne plutôt vers l’écriture et la photographie. Le projet, brièvement amorcé au retour, est repris 10 ans plus tard, à la mort de son père en 2018. L’interprétation des retrouvailles doit passer par l’art pour Iannicko. Malgré sa pudeur, il choisit de partager cette période de sa vie. «Je trouvais que cette quête-là avait quelque chose d’universel et c’est pour ça que j’ai décidé de la partager.» 

Après plus de 30 ans de carrière, il constate une plus grande sensibilité face à la représentation de la diversité à l’écran, une réalité différente de ce qu’il a vécu, alors que ses origines ont souvent influencés les rôles qu’on lui proposait. «Depuis Georges Floyd, il y a une envie de présenter une vie plus représentative de la réalité.», observe-t-il. 

Aujourd’hui, à un peu plus de 40 ans, Iannicko N’Doua poursuit son parcours dans le monde artistique avec le même désir de raconter des histoires humaines. 

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