« Ce n’est qu’après la mort de ma mère que j’ai appris que son droit n’avait pas été respecté »

Des injections utilisées dans le cadre d’un soin d’aide médicale à mourir. (Photo : Élodie Rézine)

Élodie Rézine – 1ère année

Bien que légalisée depuis 2015, l’aide médicale à mourir (AMM) comporte un angle mort important quant aux droits des patients. Des médecins présentant une objection de conscience refuseraient de remettre au demandeur le formulaire nécessaire pour accéder au soin, un geste interdit par le Collège des médecins.

Les professionnels habilités à l’administration de l’AMM sont dans l’obligation, en vertu des articles 24 et 29 de leur code de déontologie, de procurer à celui qui le demande toute l’information requise à sa compréhension du soin et à l’amorce de sa démarche. Des médecins invoqueraient l’objection de conscience d’une manière qui dépasse ce que leur code déontologique autorise. Ce droit se limite toutefois à refuser de participer à l’administration du soin.

L’objection de conscience, en médecine et ailleurs, permet à un professionnel de refuser d’effectuer une tâche pour des raisons de conscience personnelle. Les raisons peuvent varier : convictions religieuses, traumatismes, peur de représailles juridiques, etc.

C’est en novembre 2022 que Christine (nom fictif utilisé afin de garder l’anonymat de la patiente) envisage pour la première fois l’avenue de l’AMM. Elle souhaitait mettre fin à ses souffrances causées par la maladie de Parkinson.

En parler à son médecin de famille semblait la meilleure solution aux yeux de Christine. Sa fille se souvient du résultat de ses nombreux rendez-vous médicaux. « La médecin trouvait des manières de dévier du sujet de l’AMM. On n’a jamais eu plus d’informations sur le sujet, tout ce qu’on voulait c’était comprendre le fonctionnement de la demande. » Elle est décédée de manière naturelle quelques mois après. « Ce n’est qu’après la mort de ma mère que j’ai appris que son droit n’avait pas été respecté. »

La conseillère en éthique de soin de fin de vie, Catherine Perron, considère que ces objections de conscience sont « obstructives » et qu’elles « empêchent les patients d’accéder à l’information ». « On a déjà entendu des situations où le patient a fait sa demande à plusieurs reprises, mais elle n’a jamais été entendue », confirme-t-elle.

Le Collège des médecins répond à la situation dans un échange de courriels, en précisant que le professionnel de la santé doit en tout temps « informer son patient de ses convictions personnelles qui peuvent l’empêcher de lui recommander ou de lui fournir des services professionnels qui pourraient être appropriés ». Il se doit également de lui offrir de l’aide dans la recherche d’un collègue praticien. L’ordre professionnel rappelle également que toute personne peut déposer une plainte si elle considère qu’un médecin n’a pas respecté ses obligations

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