
Sarah Blanchette – 1ère année
Depuis les dernières années au Canada, la haine à l’encontre des minorités religieuses et ethniques est en hausse. Alimenté par les réseaux sociaux et certains discours publics, ce phénomène inquiète et interroge la capacité de la société à y faire face.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon Statistique Canada, de 2022 à 2023, le nombre de crimes haineux envers les personnes musulmanes a augmenté de 94 % et de 71 % pour les personnes juives. Les femmes autochtones sont 12 fois plus à risque d’être victimes de violence que les femmes non autochtones. Les personnes noires sont les plus ciblées par les attaques, comptant pour 37 %.
« Je pense qu’il y a une espèce de vent de conservatisme assez global dans les pays du Nord. On aime souvent dire qu’au Québec on n’est pas atteint par ce qui se passe par exemple aux États-Unis, mais je pense qu’on n’est pas si hermétiques que ça avec la mondialisation et les réseaux sociaux. Ce qui fait en sorte que les discours politiques, qui deviennent de plus en plus conservateurs, ont un impact ici », explique Magalie Lefebvre, enseignante et chercheuse en sociologie au Cégep de Rivière-du-Loup.
Statistique Canada a publié une étude en 2023 révélant que plus de 34 % des jeunes des Premières Nations ont expliqué avoir été la cible d’intimidation en ligne, comparativement à 24 % des jeunes non autochtones. Mme Lefebvre fait aussi valoir que les figures politiques jouent un rôle dans le développement de cette haine. « François Legault disait que le racisme systémique n’existait pas. Évidemment, quand quelqu’un qui a du pouvoir nie qu’il y a un problème, c’est sûr que cela libère la parole de ceux qui l’ont toujours pensé tout bas. »
Ce manque de reconnaissance du problème ne se limite pas au discours politique. Sur le terrain, la professeure remarque le manque de ressources dans le cadre scolaire pour encadrer la situation. « Cela m’est arrivé d’avoir des propos transphobes dans une de mes classes. À la direction, il y a très peu d’actions qui ont été posées », dit-elle.
Face à cette banalisation, certaines voix s’élèvent, notamment celles qui ont déjà été témoins des conséquences de la haine. Eva Kuper, une survivante de l’Holocauste, s’exprime sur ce phénomène. « Je trouve ça très effrayant parce que, vous savez, les atrocités comme l’Holocauste ne se sont pas produites du jour au lendemain. Ce que je vois maintenant, c’est le début du même genre de chose qui se produit dans le monde, où l’on ne se sent plus en sécurité dans ce pays, qui est mon pays (Canada). »
